Électrification des transports


2007-02-09
Avec du maïs, on produit de l'éthanol!
Le 23 mai dernier, le gouvernement Harper annonçait qu’en 2012, toute l’essence en vente au Canada contiendra 5 % d’éthanol. À première vue, cette annonce semble encourageante pour la réduction des gaz à effets de serre (GES). Mais l’éthanol est-il réellement aussi bénéfique pour l’environnement qu’on voudrait nous le faire croire?

Qu’est-ce que l’éthanol?
L’éthanol est un alcool obtenu à partir de la fermentation d’un sucre ou de la conversion d’amidon contenu dans des céréales. Au Brésil, où on roule à l’éthanol depuis plus de 30 ans, on transforme la canne à sucre pour alimenter les véhicules. Au Canada et aux États-Unis, c’est plutôt le maïs qui est le plus souvent utilisé pour produire l’éthanol, bien qu’il soit également possible d’en fabriquer à partir de résidus agricoles et forestiers (tiges, paille, copeaux de bois, etc.).

Avantages
Parce qu’il est riche en oxygène et en octane mais pauvre en carbone, l’éthanol est reconnu pour permettre une combustion plus complète que l’essence, générant ainsi moins de résidus et de GES. Même une concentration de 5 % d’éthanol dans l’essence ordinaire (E-5), comme ce que le Canada veut implanter, fournit assez d’oxygène pour améliorer nettement la combustion de l’essence ordinaire. La bonne nouvelle, dans tout ça, c’est que presque n’importe quel véhicule qui a été construit après 1980 peut fonctionner avec un mélange d’essence qui contient jusqu’à 10 % d’éthanol (E-10), et ce, tout en restant couvert par la garantie du concessionnaire. De plus, certains véhicules dotés de moteurs polycarburants, aussi appelés « flex-fuel », permettent de faire le plein avec une solution à 85 % d’éthanol (E-85) aussi bien qu’avec de l’essence normale. Et ces véhicules sont moins rares que l’on ne le pense : aux États-Unis, quatre millions sont en circulation, tandis qu’au Brésil, 7 nouvelles voitures sur 10 roulent au biocarburant. Là-bas, le mélange E-85 est même moins cher que l’essence, à raison de 0,95 $ le litre, en comparaison avec 1,24 $…

Mais ce n’est pas tout : l’hiver, lorsque nos voitures se font malmener par les vents et le froid, l’éthanol contenu dans l’essence empêche la tuyauterie de geler, car l’éthanol est un alcool, donc un antigel naturel. Il aide également à prévenir la condensation en absorbant l’eau contenue dans le réservoir.

Désavantages
De la pompe à la combustion, l’éthanol est vraiment une solution efficace aux surplus de GES. Toutefois, on a souvent tendance à oublier qu’avant d’être livré dans les stations-service, l’éthanol est le fruit d’un long processus de transformation.

Au Canada, présentement, la majorité de l’éthanol provient de la transformation des plants de maïs. D’autres cultures peuvent servir à la transformation en éthanol, mais le choix du maïs-grain apparaît comme particulièrement rentable pour le Canada, comme d’ailleurs pour les États-Unis. Or, la culture du maïs est l’une des plus coûteuses énergiquement. En effet, bien que son rendement soit des plus efficaces, le maïs est l’une des plantes qui en demande le plus au sol dans lequel elle pousse. Cela appauvrit la terre, nécessitant une importante quantité d’engrais et de pesticides qui sont fabriqués à partir de molécules de pétrole. Ceux-ci, avec l’arrosage et la pluie, se déversent dans la nappe phréatique et dans les cours d’eau environnants, bouleversant ainsi l’équilibre naturel. De plus, l’appauvrissement de la terre incite à déplacer fréquemment la plantation, ce qui entraîne souvent la déforestation d’une partie de territoire.

En outre, le maïs est une plante annuelle. On doit donc labourer la terre et semer les grains chaque année, puis épandre l’engrais et les pesticides. Toutes ces opérations nécessitent le recours à de la machinerie qui brûle du carburant, donc, qui produit des GES. Une fois que le maïs a atteint son plein développement, il est transporté par camion jusqu’à l’usine de transformation. Le processus de fabrication de l’éthanol demande lui aussi une quantité importante d’énergie. Finalement, puisque l’alcool ne peut pas voyager par pipelines, on transporte l’éthanol jusqu’aux points de services par camion ou par train.

Certains défenseurs de ce biocarburant arguent que, comme le maïs est une plante, il transforme une grande partie de gaz carbonique en oxygène durant sa croissance. Mais il serait surprenant qu’il en transforme autant que tout le processus pour faire de l’éthanol en demande.

En bout de ligne, pour produire un gallon d’éthanol, on aura dépensé 129 600 Btu (British Thermal Units), tandis que ce même gallon d’éthanol aura une valeur énergétique de seulement 76 000 Btu. De plus, on calcule que pour produire 1,3 unité d’éthanol, on a consommé 1 unité de pétrole. Mais l’éthanol est moins efficace énergiquement que le pétrole : il faut à peu près 1,5 litres d’éthanol pour couvrir la même distance qu’avec 1 litre de pétrole.

Avantageux, l’éthanol? Pas tant que ça…

Réduction des GES avec le E-10 = 3 % à 4 %
Réduction des GES en roulant à 100 km/h plutôt qu'à 120 km/h = 20 %

Mais un jour…
Mais le maïs est loin d’être la seule matière à pouvoir être transformée en éthanol. D’autres plantes sont envisageables, comme par exemple le panic raide, une plante vivace, qui aurait pour avantage de ne pas nécessiter de semailles chaque année. Toutefois, son bénéfice énergétique n’est pas encore au point non plus : il faut savoir qu’à quantité égale, chaque plante n’a pas le même rendement en éthanol. Par exemple, les Brésiliens tirent 6 à 8 fois plus d’éthanol de la canne à sucre que nous en produisons à partir du maïs-grain.

Beaucoup de recherches se font au Canada pour parvenir à produire de l’éthanol cellulosique, fabriqué à partir de résidus agricoles ou forestiers. Ceci aurait le net avantage de tirer profit de substances qui sont déjà produites par d’autres secteurs d’activité. Ainsi, nous pourrions commencer le processus au transport de ces matières vers les usines de transformation, ce qui représente une grande économie d’énergie. À Sherbrooke, dans les Cantons-de-l’Est, on étudie même la possibilité de faire traiter les déchets urbains pour en faire de l’éthanol. Si ce projet fonctionne, la Ville pourrait réduire de 80 % l’enfouissement des matières résiduelles!

Nous sommes poussés à l’évidence : il nous faudra bientôt trouver un substitut au pétrole, car les réserves mondiales d’or noir se font de plus en plus rares. Toutefois, il est impératif de tenir compte du rendement énergétique complet du prochain carburant-miracle. Une chose est sûre, c’est qu’il faudra faire chacun notre part en adoptant un mode de transport plus responsable.

Sources :
PIMENTEL, David. Energy and Dollar costs of ethanol production with corn, Hubbert Center’s quarterly newsletters, #98/2, 1998, [En ligne]. [http://news.minnesota.publicradio.org/features/2005/03/21_steilm_ethanolenergy/pimentelpaper.pdfOuverture dans une nouvelle fenêtre], (Consulté le 7 juin 2006).

DiPardo, Joseph. Outlook for Biomass Ethanol Production and Demand, Energy Information Administration, p. 3, [En ligne]. [http://tonto.eia.doe.gov/FTPROOT/features/biomass.pdf], (en ligne le 7 juin 2006)



Dernière mise à jour le 2017-03-31 14:35:39