Électrification des transports


2007-04-12
Les véhicules lourds écologiques : une idée qui tient la route?
Les camions et véhicules lourds ont-ils un avenir vert? La réponse est oui et, à ce sujet, deux perspectives s'imposent : celle de la propulsion hybride et celle du moteur diésel. Mais entre celles-ci, laquelle pourrait bien faire le plus de chemin?

Les camions et véhicules lourds hybrides : état de la situation
Parmi les expérimentations et les prototypes évalués pour trouver une solution plus verte aux véhicules lourds, les camions hybrides font bonne figure. En effet, cette nouvelle technologie qu'est le moteur hybride vient officiellement de faire son entrée dans l'étape de la commercialisation de l'industrie du camion. Cette entrée faite avec force n'a toutefois pas conduit à une commercialisation à grande échelle. Mais attention, la course ne fait que commencer!

L'International 4100
En septembre 2005, International annonçait le début de la commercialisation de camions hybrides. Grâce à un partenariat, International, H-TUF et le fabricant de transmission Eaton ont réussi à développer une plateforme hybride parallèle qui incorpore la technologie de récupération d'énergie au freinage. Le nom du camion usant de cette nouvelle technologie : International 4100. Équipé d'une transmission Eaton et disponible en 31 exemplaires, un seul de ces camions sera testé au Canada. Quelle province sera son hôte? Le Québec. Et pour quelle entreprise? Hydro-Québec.

En fait, Hydro-Québec a accueilli son International 4100 au cours du mois de janvier 2006. En plus de posséder la plateforme hybride et d'être doté d'une nacelle, ce camion devait aussi répondre à une exigence particulière : celle d'éviter de faire tourner son moteur à l'arrêt pour de longues périodes de temps. Le respect de cette condition entraînera alors des économies de carburant de l'ordre de 30 %.

En raison de sa conception et du fait qu'il récupère l'énergie utilisée lors des freinages, plusieurs voient en l’International 4100 la possibilité d'être employé comme véhicule pouvant servir à la récupération, au ramassage des déchets et bien d'autres utilités encore.

Beaucoup d'espoir mais…
Bien que l'International 4100 ne soit qu'une première étape dans la course à la commercialisation des camions hybrides, il n'en demeure pas moins qu'il véhicule beaucoup d'espoir. Déjà, International Canada finalise une seconde vague de camions hybrides. Caractéristique de cette nouvelle vague : les camions hybrides qui la constituent présentent davantage de similarités à ce qui se fait dans les voitures et les camionnettes hybrides. Cette seconde étape, c'est-à-dire la commercialisation de cette nouvelle vague de camions, est prévue pour la fin de l'année 2006.

Toutefois, à l'égard de la technologie du moteur hybride, la culture nord-américaine n'est cependant pas encore prête pour aller de l'avant. C'est ce que constate Pronto Binwa, analyste-recherchiste au Centre d'expérimentation des véhicules électriques du Québec (le CEVEQ). Cette prise de position s'explique, selon lui, en raison de deux facteurs. D'une part, parce que le Canada et les États-Unis ne voient pas nécessairement de gain réel à la technologie hybride, et ce, en raison des coûts relativement bas du carburant. D'autre part, parce que les récents changements quant aux émissions polluantes du moteur diésel offrent, eux aussi, un avenir plus vert pour les véhicules lourds.

En somme, comme le signale Pascal Boissé dans son article « Le moteur diésel : plus d'un siècle et toujours vert » paru en juillet 2005 dans Le Devoir, certaines questions subsistent quant à la viabilité commerciale et écologique de la technologie hybride pour les véhicules lourds. C'est pourquoi certains, majoritairement les Européens et de plus en plus les Nord-américains, préfèrent opter pour une autre voie : celle du moteur diésel.

Le moteur diésel : de plus en plus propre
Sans doute que les lancements et les projets s'appropriant la technologie de l'hybride se multiplieront au cours des prochaines années. Plus près de nous toutefois se trouvent les modifications qu'a subi et que continuera de subir le moteur diésel. En effet, si les progrès pour la propulsion hybride sont prévus pour les prochaines années, ceux à l'égard du moteur diésel sont en constante évolution.

Un développement continu
Avant toute chose, il est important de distinguer deux enjeux majeurs qui ont trait aux véhicules écologiques. Pollution atmosphérique et économie d'énergie pour préserver les réserves pétrolières sont deux choses bien distinctes.

Le moteur diésel, bien qu'il consomme peu de carburant, a toutefois l'inconvénient d'émettre une fumée noire contenant des suies et des résidus de carburant mal brûlés. Qui n'a jamais vu de gros camions cracher une épaisse fumée noire? Ces éléments et cette image jouant en la défaveur du moteur diésel font en sorte que l'on est souvent porté à croire, à tort, que les véhicules fonctionnant avec ce type de carburant sont plus polluants que ceux utilisant de l'essence.

En fait, les normes environnementales de l'Amérique du Nord adoptées durant les années 1970 avaient pour principal objectif de contrôler l'aspect visible de la pollution. En raison de la poussière, des suies et des gaz engendrant le smog échappés par les moteurs diésels, on comprend mieux pourquoi le continent nord-américain n'a jamais été favorable à ceux-ci.

En Europe toutefois, les normes sont plus permissives à l'égard de l'aspect visible de la pollution, mais elles sont plus strictes quant aux gaz à effet de serre et aux émissions toxiques de monoxyde de carbone. C'est pourquoi les normes européennes ont favorisé le développement continu du moteur diésel, puisque ce dernier répondait plus à leurs normes.

De ce développement technologique, il résulte aujourd'hui un moteur diésel qui offre un rendement en carburant près de 40 % plus efficace que celui des moteurs à essence. Certains véhicules diésels récents sont même équipés de filtres à particules qui débarrassent l'échappement des suies noires, et ce, en vue de répondre à une loi prévue pour 2007 qui sévira à cet effet. En France, l'engouement est tel pour ce type de moteur qu'il représente désormais 60 % du marché des voitures neuves.

Camion hybride ou moteur diésel, lequel choisir?
« Bien que le principe de la propulsion hybride soit simple en théorie, son application fait appel à une technologie complexe utilisant des composants onéreux. Les gains d'efficacité de la propulsion hybride sont fondés sur la récupération d'énergie lors des freinages et sur la possibilité d'interrompre le fonctionnement du moteur lorsque le véhicule s'immobilise. Ces gains se limitent donc à la conduite urbaine», explique Pascal Boissé.
Ainsi, la propulsion hybride pour les véhicules lourds peut sembler un choix judicieux. Toutefois, pour que ceux-ci atteignent leur pleine efficacité, ils doivent être utilisés principalement en ville. Le moteur diésel, quant à lui, est beaucoup mieux adapté aux camions qui parcourent de grandes distances. Les prochaines années seront donc déterminantes pour savoir qui gagnera la course au virage écologique en ce qui a trait aux véhicules lourds. Le camion hybride ou le moteur diésel? Les paris sont ouverts!

Sources :
BOUCHER, Claude. « Commercialisation des camions hybrides la course est lancée », décembre 2005, p. 20-21.
BOISSÉ, Pascal, « Le moteur diésel : plus d'un siècle et toujours vert »,
Le Devoir, lundi 18 juillet 2005, p. b6.



Dernière mise à jour le 2012-02-27 10:55:16